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Devenir mère sans cesser d'être soi

juliavanel
22 oct.
5 min de lecture

Devenir mère, c’est accueillir un enfant et apprendre à vivre avec lui. Mais c’est aussi, parfois, découvrir que quelque chose change dans la manière dont on se perçoit, dans ses priorités ou dans la place que l’on occupe auprès des autres.


On peut être heureuse d’être mère et se sentir déstabilisée par ce que cette nouvelle vie implique. Avoir le sentiment de ne plus tout à fait se reconnaître, ou se demander quelle place laisser à celle que l’on était avant.


Ces expériences ne sont ni systématiques ni identiques d’une femme à l’autre. Elles invitent néanmoins à regarder la maternité au-delà de ses aspects pratiques : comme une transition qui peut aussi toucher à l’identité.



Devenir mère : une transformation qui dépasse la naissance


La naissance d’un enfant marque un avant et un après. Le quotidien s’organise autrement, les responsabilités évoluent, le sommeil et les relations peuvent être bouleversés. Le corps lui-même traverse des changements importants.


Mais la transformation ne se limite pas à ces changements visibles. Elle peut aussi concerner la manière dont on se perçoit, dont on envisage l’avenir et dont on se situe dans ses relations.


Le terme matrescence permet de mettre des mots sur cette dimension du devenir-mère. Introduit par l’anthropologue Dana Raphael dans les années 1970, puis repris dans des travaux contemporains, il désigne le processus de transformation associé au fait de devenir mère.


Cette notion fait écho aux travaux de Ramona T. Mercer, chercheuse en sciences infirmières, qui décrit la construction de l’identité maternelle comme un processus évolutif plutôt que comme l’acquisition définitive d’un rôle.


Il ne s’agit pas d’affirmer que toutes les femmes traversent une crise identitaire. Pour certaines, le sentiment d’être mère s’installe progressivement ; pour d’autres, les changements sont plus déstabilisants. Il peut aussi y avoir des moments de confiance, de découverte et de satisfaction, mêlés à des périodes de doute ou de fatigue.


Devenir mère ne se résume donc pas à apprendre à s’occuper d’un enfant. C’est aussi, pour certaines femmes, apprendre à se situer dans une vie qui a changé.



Quelle place pour les autres parts de soi ?


Lorsqu’un enfant arrive, la place qu’il occupe dans le quotidien est considérable. Les besoins auxquels répondre sont nombreux, et le temps disponible peut se réduire.


Dans ce contexte, certaines dimensions de la vie peuvent passer au second plan : les amitiés, les activités personnelles, les projets professionnels, la vie amoureuse ou simplement les moments où l’on n’a rien à organiser pour quelqu’un d’autre.


Il peut alors devenir difficile de trouver sa place entre les différentes facettes de son identité. Comment être mère sans renoncer à ses aspirations ? Comment préserver certaines relations, certaines envies ou certaines activités ? Et que faire lorsque ce qui comptait auparavant ne semble plus avoir tout à fait la même importance ?


Il n’existe pas de réponse universelle à ces questions. Certaines femmes découvrent de nouvelles priorités ; d’autres ressentent le manque de leur vie d’avant. Ces deux mouvements peuvent aussi coexister.


On peut aimer profondément son enfant et regretter une part de sa liberté passée. Être heureuse de cette nouvelle vie et trouver certaines de ses exigences difficiles à vivre. Ces sentiments ne s’annulent pas nécessairement.


L’image d’une maternité naturellement épanouissante, dans laquelle l’amour suffirait à rendre les difficultés supportables, laisse peu de place à cette complexité. Pourtant, reconnaître des émotions contradictoires ne signifie pas remettre en question son amour pour son enfant.


Peut-être ne s’agit-il pas de retrouver exactement la personne que l’on était avant, ni de faire disparaître toutes les difficultés. Mais plutôt de comprendre ce qui a changé, ce qui reste important et ce que l’on souhaite continuer à faire vivre en soi.



Une transformation intime, mais pas seulement individuelle


La manière dont chacune vit la maternité dépend de son histoire, de ses attentes et de ses ressources. Elle dépend aussi de son environnement.


Le soutien de l’entourage, le partage des responsabilités, les conditions de travail, les possibilités de garde ou les contraintes matérielles influencent le quotidien des mères et la place qu’elles peuvent accorder à leurs propres besoins.


Les représentations sociales jouent également un rôle. L’image de la mère toujours disponible, naturellement compétente et entièrement dévouée à son enfant peut créer un décalage entre ce que l’on imagine devoir ressentir et ce que l’on vit réellement.


Lorsque l’on se sent fatiguée, que l’on doute ou que l’on aspire à retrouver du temps pour soi, il est tentant de penser que l’on devrait mieux s’organiser ou faire davantage d’efforts. Pourtant, toutes les difficultés ne peuvent pas être résolues par une meilleure adaptation individuelle.


Il est important de pouvoir interroger aussi les conditions dans lesquelles cette maternité se vit : de quel soutien dispose-t-on ? Comment les responsabilités sont-elles réparties ? Quelles attentes pèsent sur les mères ?


Prendre en compte ces dimensions permet de ne pas faire porter aux femmes seules la responsabilité de trouver leur équilibre.



Se laisser le temps de trouver ses propres repères


Il n’existe pas de calendrier universel pour devenir mère, ni de moment précis où l’on devrait avoir trouvé ses marques. La relation à soi et à son rôle de mère peut évoluer au fil des années, à mesure que l’enfant grandit et que les circonstances de la vie changent.


Il peut être utile, dans ces périodes, de s’accorder un espace pour observer ce que l’on traverse : ce qui a changé, ce qui nous manque, ce qui nous fait du bien, ce dont on aurait besoin. Non pour répondre immédiatement à toutes ces questions, mais pour mieux reconnaître son propre vécu.


Cela suppose parfois de pouvoir exprimer des sentiments contradictoires sans se juger, de reconnaître ses limites ou de demander du soutien. Et, lorsque les conditions le permettent, de préserver des espaces dans lesquels on existe aussi en dehors de son rôle de mère.


La sophrologie peut proposer un temps pour revenir à ses sensations, explorer ses ressentis et porter attention à ses ressources, à travers des mouvements, la respiration et la visualisation. Elle peut constituer un espace complémentaire pour prendre du recul sur son vécu et mieux reconnaître ses besoins, sans se substituer aux soutiens médicaux, psychologiques ou sociaux lorsque ceux-ci sont nécessaires.


Devenir mère ne signifie pas nécessairement cesser d’être soi. C’est parfois apprendre à composer avec une identité qui évolue, à reconnaître ce qui demeure important et à faire une place à ce qui émerge. Une transformation qui mérite du temps, du soutien et la possibilité d’être vécue singulièrement, sans avoir à correspondre à un modèle idéal de la maternité.




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Pour aller plus loin

  • Finlayson, K. et al. (2020). What matters to women in the postnatal period: A meta-synthesis of qualitative studies. Une synthèse de 36 études qualitatives sur les expériences et les besoins des femmes après la naissance. Lire l’article scientifique.

  • Mercer, R. T. (2004). Becoming a Mother Versus Maternal Role Attainment. Un article de synthèse sur l’évolution de l’identité maternelle. Consulter la référence scientifique.

  • Athan, A. M. (2024). A critical need for the concept of matrescence in perinatal psychiatry. Une réflexion théorique sur l’intérêt du concept de matrescence. Lire l’article en accès libre.

  • La Matrescence, podcast consacré aux expériences de la maternité et à leurs multiples dimensions. Découvrir le podcast.

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